Une valise de vingt-trois kilos contient rarement vingt-trois kilos d’affaires utiles. Le reste, ce sont des hypothèses. Il pleuvra peut-être trois semaines sans s’arrêter. On m’invitera peut-être à un dîner où il faudra une chemise. Mon shampoing n’existera peut-être pas là-bas. Vais-je pouvoir laver mes vêtements régulièrement ?
Regardez la file d’attente au comptoir d’enregistrement : ces grosses coques en polycarbonate qui affichent leurs vingt-trois kilos sur la balance transportent surtout des peurs. Voyager léger demande d’admettre une chose simple : on trouve du savon et des chaussettes à peu près partout sur la planète.
Le « au cas où » : poids mort de la valise
J’ai longtemps traîné des valises trop lourdes. À Venise, les roulettes claquaient sur la pierre d’Istrie à chaque marche du Rialto, et j’arrivais à l’embarcadère du vaporetto le poignet tordu et le dos trempé. Dans cette ville, chaque kilo en trop se paie marche après marche.
Il m’a fallu des années, et quelques dizaines de milliers de kilomètres, pour comprendre. Quand je suis parti vivre près d’un an en Équateur (j’ai fini par m’y marier), j’ai remarqué, un peu vexé, que je portais semaine après semaine le même tiers de mes affaires. Le reste dormait au fond d’un placard à Quito. J’avais fait le même constat en Syrie, un peu avant que la guerre ne détruise les magnifiques souks d’Alep et les temples de Palmyre. Dans les bus qui reliaient Damas à Alep, mon gros sac de touriste étranger dressait un mur entre les Syriens et moi. Les années où j’ai voyagé avec un petit sac, on me parlait plus facilement dans la rue.
Ma règle tient en trois mots : pas de conditionnel. Tout ce que je glisse dans le sac en me disant « au cas où » retourne sur le lit. Je fais mes bagages pour ce qui va arriver, et je laisse l’improbable à la maison. Je fais d’ailleurs le même tri sur mon téléphone, parmi les outils gratuits pour planifier ses vacances : je ne garde que ceux qui servent une fois arrivé.
Bagage cabine : les dimensions et le poids autorisés
55 × 40 × 20 cm, et le petit sac sous le siège
Les compagnies aériennes facturent aujourd’hui le centimètre cube, alors autant connaître les chiffres. Les guides de Milesopedia sur le voyage en bagage cabine et les fiches des fabricants comme Travelite donnent les mêmes ordres de grandeur.
Le gabarit le plus courant tourne autour de 55 × 40 × 20 cm, roulettes et poignées comprises. L’IATA donne comme repère un format un peu plus grand, 56 × 45 × 25 cm, mais chaque compagnie fixe sa propre limite. Beaucoup additionnent les trois côtés et plafonnent le total à 115 cm. Pour le poids, comptez 8 à 10 kg sur la plupart des lignes régulières. Certaines compagnies à bas coût et plusieurs transporteurs asiatiques descendent à 7 kg, et aucune règle internationale ne les en empêche. Reste l’accessoire personnel, glissé sous le siège de devant, souvent limité à 40 × 30 × 15 cm. Lui ne coûte rien.
Pourquoi je n’enregistre plus rien en soute
Les habitués du forum du Routard consacré au choix des bagages donnent la raison à chaque saison : l’escale. Avec une correspondance serrée à Madrid vers l’Amérique latine, ou un changement d’avion à Oslo vers le Grand Nord, une valise enregistrée a de bonnes chances de rater le deuxième vol. Vous atterrissez à Quito, elle passe la nuit à Barajas. Sur ces fils, les voyageurs expérimentés s’accordent sur le duo valise cabine et petit sac sous le siège, soit 10 à 12 kg en tout. Pour la plupart des voyages, ça suffit.
Certains vont plus loin. Sur un fil de Voyage Forum consacré à l’allègement du bagage cabine, on lit que les deux seules choses à ne pas oublier sont le passeport et la carte bancaire. Le reste s’achète sur place en dix minutes, surtout pour une semaine à New York. La formule est un peu provocatrice. Pour un séjour en ville, je la trouve juste.
Voyager léger dans le froid, de Svalbard à Chicago
On me répond souvent que c’est facile de voyager léger en Floride en claquettes, mais qu’en plein hiver c’est impossible : rien qu’un gros manteau et deux pulls remplissent déjà une valise cabine. J’ai testé les extrêmes et affronté le vent glacé qui remonte le lac Michigan l’hiver à Chicago, la neige de Norvège et même le cercle arctique. À Svalbard, 78 degrés de latitude nord, les panneaux routiers signalent la présence d’ours polaires et le froid vous mord les pommettes dès la sortie de l’aéroport de Longyearbyen. Mon bagage cabine n’y pesait pas beaucoup plus lourd qu’en été : la différence, c’est que l’essentiel de mon équipement voyageait sur moi et pas dans le sac.

Le manteau sur le dos, trois couches dessous
Il est évident qu’on ne survit pas à Svalbard ou dans la « Windy City » en janvier avec un simple t-shirt technique. Il faut un vrai manteau d’hiver. Mais un manteau d’hiver n’a rien à faire à l’intérieur d’une valise : il passe la porte d’embarquement sur vos épaules (ou sur votre bras s’il fait trop chaud dans le terminal), tout comme vos grosses chaussures d’hiver ou vos boots fourrées. Les compagnies aériennes ne pèsent pas les vêtements que vous portez sur vous.
En dessous, au lieu d’empiler trois gros pulls en coton ou en acrylique qui prennent une place démesurée dans le sac et gardent l’humidité dès qu’on marche, j’applique le système des trois couches que tous les montagnards utilisent :
- Contre la peau, un haut à manches longues et un collant en laine mérinos épaisse (200 à 260 g/m²). Le collant pèse à peine 200 grammes et, glissé sous un pantalon ordinaire, il le rend assez chaud pour le grand froid.
- Au-dessus, une polaire ou une doudoune légère en duvet. Comprimée dans sa housse, elle prend peu de place au fond du sac.
- Par-dessus le tout, le manteau ou une parka coupe-vent et imperméable, qui arrête le vent et la neige.
Protéger les extrémités sans charger la valise
Dans le grand froid, on a rarement froid au torse si l’on a un bon manteau ; on souffre par les pieds, les mains, le cou et les oreilles. Or, ce qui protège le mieux ne prend presque aucune place dans un bagage cabine : un bonnet en laine, un tour de cou en polaire, une paire de sous-gants en soie ou mérinos glissée dans de bonnes moufles, et deux paires de grosses chaussettes en laine. Tout cet équipement tient sans problème dans les deux poches de votre manteau pendant l’embarquement.
Dans la valise, il ne reste donc à ranger que les sous-couches en laine mérinos. L’avantage non négligeable de cette fibre (aussi utile sous la neige norvégienne que lors des soirées fraîches à 2 800 mètres sur les plateaux équatoriens), c’est qu’elle ne retient presque pas les odeurs de transpiration. Là où un sous-pull synthétique sent le fauve dès le premier soir, on peut porter le même haut en mérinos trois ou quatre jours d’affilée sous sa polaire, puis le laver au lavabo de l’hôtel où il sèche proche d’un radiateur en une nuit. Elle a quand même deux défauts : elle n’est pas donnée et elle s’use plus vite qu’un synthétique.
Le petit sac sous le siège
Les quatre intouchables
Il arrive que l’avion soit plein, que les coffres débordent et qu’on vous prenne votre valise cabine à la porte pour la mettre en soute. Si le petit sac de 40 × 30 × 15 cm, celui qui reste entre vos chevilles, est bien préparé, ce n’est pas grave. Entre mes propres habitudes et les conseils du magazine du Routard sur les astuces des voyageurs expérimentés, voici ce qu’il doit toujours contenir :
- Le passeport, le permis si vous louez une voiture, et deux cartes bancaires de réseaux différents (une Visa, une Mastercard) rangées dans deux poches séparées : si l’une est volée ou bloquée, l’autre fonctionne.
- Un pull fin en mérinos ou un grand foulard, parce que la climatisation des long-courriers et des bus américains est souvent glaciale.
- Un t-shirt, un sous-vêtement et une paire de chaussettes, de quoi tenir vingt-quatre heures si la valise se perd.
- Une gourde vide, qu’on remplit à une fontaine après le contrôle au lieu de payer quatre euros une bouteille d’eau en zone d’embarquement.
Batterie, liquides, médicaments
La batterie externe voyage dans ce petit sac. Les batteries au lithium sont interdites en soute, comme le rappellent les consignes d’Air France sur les produits réglementés. La compagnie interdit aussi de l’utiliser ou de la recharger à bord, et demande qu’elle reste sous le siège, pas dans le coffre. D’autres compagnies ont adopté des règles proches. Vérifiez celles de la vôtre avant de partir.
Pour les liquides, la règle des flacons de 100 ml dans un sachet transparent d’un litre reste la plus répandue. Certains aéroports européens équipés de nouveaux scanners l’ont relevée à deux litres, mais pas à tous leurs postes de contrôle. Partez du principe que vous tomberez sur l’ancienne règle, surtout au retour.
N’emportez pas les boîtes de médicaments entières. Je découpe une plaquette de paracétamol et une d’antidiarrhéique, j’ajoute quelques pansements contre les ampoules, du désinfectant en unidoses et mes traitements personnels avec l’ordonnance. Demandez à votre médecin de l’écrire en DCI, la dénomination commune internationale : un pharmacien la comprendra à Chicago comme à Guayaquil.
Dix jours dans huit kilos
Cinq tenues au maximum
Pour cinq jours à New York comme pour trois semaines d’itinérance, je n’emporte jamais plus de cinq jours de vêtements. Au-delà, je lave. Dans un climat tempéré ou chaud, trois à cinq tenues de couleurs neutres, qui vont toutes ensemble, permettent de rester entre 7 et 10 kilos aussi longtemps qu’on veut.
Le pliage à plat de nos grands-mères fait des piles qui s’effondrent dès qu’on cherche un t-shirt au fond. Je roule mes vêtements serrés et je les range dans deux ou trois cubes de rangement en nylon léger : un pour les hauts, un pour les sous-vêtements et les chaussettes, une pochette plate pour les câbles. Le matin du départ, je refais mon sac en cinq minutes.

Récapitulatif : quoi mettre où
| Emplacement | Gabarit et poids | Contenu | L’erreur fréquente |
|---|---|---|---|
| Sur soi à l’embarquement | Pas pesé | Chaussures les plus lourdes, pantalon long, veste imperméable ou manteau, téléphone en poche. | Mettre ses chaussures de randonnée dans la valise cabine, où elles prennent une grosse partie de la place. |
| Sac personnel sous le siège | Environ 40 × 30 × 15 cm, 2 à 3 kg | Passeport, deux cartes bancaires, batterie externe, câbles, lunettes, médicaments et ordonnance, gourde vide, un change, un pull en mérinos. | Laisser la batterie, les clés ou les médicaments dans la valise cabine, qui peut finir en soute à la porte d’embarquement. |
| Bagage cabine dans le coffre | Environ 55 × 40 × 20 cm, 7 à 10 kg selon la compagnie | Deux cubes de rangement (quatre hauts, un pantalon ou un short léger, quatre sous-vêtements, quatre paires de chaussettes), une paire de chaussures souples, la trousse de liquides. | Ajouter des vêtements « au cas où », prendre plus de deux paires de chaussures en tout, emporter des flacons grand format. |
FAQ : questions concrètes avant de fermer le sac
Vaut-il mieux une valise cabine à roulettes ou un sac à dos de 40 litres ?
Je choisis selon le sol. Pour une ville américaine, avec ses longs couloirs d’aéroport et ses trottoirs lisses, je prends une valise cabine à quatre roues, qui épargne le dos. Dès qu’il y a des pavés, des escaliers, des bateaux ou des pistes (Venise, les Açores, les Andes), je prends un sac à dos de 35 à 40 litres aux dimensions cabine. Il est aussi plus léger à vide qu’une valise à roulettes.
Comment gérer les chaussures avec un seul bagage cabine ?
Deux paires au maximum, dont une aux pieds pendant le trajet. La première doit supporter quinze kilomètres de marche par jour sans ressembler à des chaussures d’alpinisme : des baskets de trail noires ou des boots imperméables. La seconde, très plate et légère (espadrilles, sandales ou chaussures minimalistes), sert à reposer les pieds le soir.
Peut-on vraiment partir deux semaines ou plus avec seulement 8 kilos ?
Oui, parce qu’un sac pour deux semaines contient exactement la même chose qu’un sac pour cinq jours. La différence tient dans une boîte de lessive en feuilles (c’est un solide, donc elle échappe à la règle des liquides) ou dans un pain de savon de Marseille. Un quart d’heure de lessive au lavabo tous les quatre jours, et la durée du voyage ne change plus rien au poids du sac.
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