Vous contrôlez vos positions Google avec Semrush, Ahrefs ou un logiciel équivalent ? Si vos derniers rapports vous ont donné un coup de stress, soufflez. Votre site n’est pas forcément en cause : les données peuvent l’être.
Depuis la mi-septembre, beaucoup d’outils de suivi reçoivent de Google des pages de résultats altérées. Dans le secteur, En anglais, on les appelle les « poisoned SERPs », c’est-à-dire des pages de résultats empoisonnées. Semrush l’a reconnu et décrit un souci qui dépasse son seul périmètre. Ahrefs, AccuRanker, BrightLocal et d’autres remontent le même signal depuis septembre (Search Engine Land).
La page semble normale, les résultats ne le sont pas
Le piège tient au fait que tout reste invisible. Aucun message d’erreur, aucun captcha. L’outil obtient une page de résultats entière, avec une mise en page ordinaire et le volume de liens attendu. Seul problème : les domaines affichés ne correspondent pas à ceux que voient les internautes réels.
Semrush sépare deux situations. Dans certains cas, les réponses n’ont aucun lien avec la requête, et cela commence dès la première page. Dans d’autres, le haut de page semble cohérent, puis des sites hors sujet surgissent plus bas. L’exemple cité par Semrush mérite qu’on s’y arrête : au Brésil, une requête sur un modèle précis de poussette a fait apparaître… un fournisseur de matériel dentaire. Le seul rapprochement tient au mot portugais « carrinho », qui nomme aussi bien une poussette qu’un chariot (Semrush).
DemandSphere cite un cas différent, plus fin et donc plus difficile à repérer. Sur la requête « herbal fruit tea » au Royaume-Uni, sept sites occupaient la première page depuis des mois. Un matin, l’outil n’en retrouve plus que deux, repoussés en bas de page. Le reste est pris par des marchands de thé bien réels, sauf que ce ne sont pas ceux qui se classent sur cette requête. Dans le rapport, la marque sort du top 10. Sur Google, rien n’a bougé (DemandSphere).
Un phénomène pas marginal
Nozzle a examiné des dizaines de millions de pages de résultats Google dans 53 pays. Avant la mi-septembre, seulement 0,28 % des pages paraissaient altérées. Depuis le 13 septembre, la moyenne grimpe à 22,6 % quand on observe les deux premières pages de résultats, avec un sommet à 43,5 % le 30 septembre. Le mouvement s’est apaisé à la mi-octobre (4 à 6 %), puis il est reparti à 35,7 % le 21 octobre. Si l’on se limite à la première page, le ratio descend à 8,7 %. Cela fait moins peur, mais cela reste massif (Nozzle).
La page deux souffre le plus : elle est touchée une fois et demie plus souvent que la première. Et lorsqu’une page est empoisonnée, l’écart est brutal. En temps ordinaire, d’un relevé au suivant, on retrouve 88 % des mêmes sites. Sur une page contaminée, il n’en reste que 22 %. Le domaine suivi quitte le top 10 dans 60,8 % des cas, contre 2,7 % dans une situation normale.
Plutôt bonne nouvelle pour les sites français : la France se classe parmi les pays les moins atteints, avec 5,3 % de pages faussées, contre 8,8 % aux États-Unis et plus de 20 % en Autriche ou en Afrique du Sud.
Les autres éditeurs donnent des pourcentages plus faibles, sans contredire le fond :
- Ahrefs estime que 5 à 20 % des résultats sont affectés, selon le fournisseur de données (Ahrefs).
- SEOmonitor évoque environ 8 % de résultats incomplets ou faux chaque jour.
- DemandSphere a compté 6,7 % de pages faussées pour le seul 23 octobre.
Prudence : ces chiffres ne se comparent pas vraiment. Chaque outil travaille avec ses mots-clés, ses pays et sa méthode de détection.
Comment reconnaître une page empoisonnée ?
Les analyses de Nozzle font apparaître plusieurs signaux récurrents. Les réseaux sociaux et les forums remplacent les sites attendus : Facebook, Instagram, LinkedIn, Quora ou Reddit reviennent beaucoup plus souvent. Les AI Overviews reculent, avec une présence autour de 35 % des pages faussées contre 54 % dans un contexte normal. Les blocs d’images suivent le chemin inverse et surgissent presque deux fois plus souvent. Les publicités et les résultats shopping restent quasiment stables (Search Engine Journal).
Pour les AI Overviews, l’explication la plus plausible tient au coût. Produire une réponse par IA coûte cher à Google : pourquoi en servir une à un robot ? Sur le reste, on reste dans l’hypothèse. Et rien ne garantit que Google gardera demain les mêmes méthodes.
Pourquoi Google agirait-il de la sorte ?
Google n’a fait aucune déclaration publique. Les éditeurs d’outils SEO partagent la même hypothèse : Google voudrait ralentir l’aspiration massive de ses résultats par les entreprises d’IA, qui les exploitent pour nourrir leurs propres réponses. Les outils de suivi de positions collectent les pages selon un procédé proche, et ils se retrouvent attrapés dans le même filet.
Le dossier ne vient pas de nulle part. En septembre 2025, Google a retiré le paramètre « num=100 », qui affichait 100 résultats d’un coup, et les outils ont dû multiplier les requêtes. En décembre 2025, il a attaqué SerpApi, un service qui revend des résultats Google collectés automatiquement. La justice américaine a écarté une bonne partie de la plainte, tout en laissant à Google la possibilité de reformuler certains points (Reddit). Cet été, Google a aussi testé des redirections dans ses résultats pour mieux identifier les robots, et il montre de plus en plus de contrôles « êtes-vous humain ? ».
Selon Derek Perkins, fondateur de Nozzle, Google combine aujourd’hui trois leviers. Il bloque des adresses IP par paquets, en visant surtout les grands réseaux de proxys résidentiels. Il multiplie les captchas. Et il insère de fausses données dans les pages qu’il estime suspectes (Search Engine Roundtable).
La chronologie colle à ce scénario. Le 13 septembre, une large part des requêtes envoyées à Google a commencé à échouer. Une semaine après, celles qui aboutissaient revenaient avec des résultats altérés. Il faut l’admettre : c’est assez malin. Un robot bloqué tente à nouveau. Un robot qui reçoit une fausse page l’archive comme si elle était juste, sans soupçon.
Les outils ripostent, chacun avec sa méthode

Tous les éditeurs affirment avoir renforcé leurs contrôles. Semrush dit écarter les résultats visiblement faux, avoir modifié certaines sources de données et relancer la collecte des résultats douteux. Ahrefs filtre les pages anormales, demande des résultats de substitution et assainit son historique. Mi-octobre, SE Ranking indiquait que le problème ne pesait plus que sur environ 2 % des résultats suivis.
DemandSphere a expliqué sa méthode, et elle parle d’elle-même. L’outil confronte chaque page nouvelle à l’historique du mot-clé. Si la plupart des sites habituels manquent, il relance la collecte, jusqu’à trois fois. L’idée tient en une phrase : un vrai changement de classement ne s’efface pas quatre-vingt-dix secondes après. Si le second essai ramène les sites attendus, la première page était faussée.
Sur le terrain, tous les outils ne se comportent pas de la même façon. Glenn Gabe, consultant SEO connu, a suivi un site frappé par la mise à jour anti-spam de Google du 29 septembre. Ahrefs a vu la chute, Semrush l’a constatée plus tard, et Sistrix ne l’affichait toujours pas une semaine après. Début octobre, la consultante Lily Ray résumait la situation d’un trait : les outils de suivi sont « trop peu fiables pour le moment ».
Chute réelle ou leurre : comment trancher ?
C’est le nœud du problème. De vraies mises à jour Google ont eu lieu pendant la même période, comme celle du 29 septembre. Il ne faut donc ni paniquer à chaque repli, ni tout attribuer aux données faussées.
Ouvrez d’abord la Google Search Console. Elle s’appuie sur les recherches d’internautes réels, pas sur des robots. Si vos impressions et votre position moyenne restent stables pendant que votre outil annonce une chute, celui-ci a très probablement reçu une page altérée. La Search Console a ses défauts, mais c’est le meilleur repère de comparaison disponible. Regardez ensuite le trafic organique dans votre outil de statistiques. Pas de baisse de visites, pas de vraie baisse de positions.
Observez aussi la forme du repli. Une chute isolée sur un seul jour, encadrée par des journées normales, sent presque toujours la donnée faussée. D’après Nozzle, dans deux cas sur trois, les sites habituels reviennent en moins de trois jours. Une vraie mise à jour s’installe dans la durée et frappe plutôt des groupes de mots-clés liés, souvent dans le même secteur. Si les reculs sont dispersés sur des requêtes sans lien entre elles, soyez méfiant.
Vous pouvez enfin saisir vous-même quelques requêtes en navigation privée. Les résultats changent selon votre lieu et votre appareil, donc cela ne prouve rien, mais cela peut révéler une incohérence flagrante. Et si un chiffre vous paraît vraiment bizarre, envoyez-le au support de votre outil, avec le domaine et les mots-clés concernés. Semrush le demande d’ailleurs sans détour.
Et maintenant ?
Personne ne sait combien de temps cela durera. Google n’a rien dit, et ses méthodes évoluent sans prévenir. AccuRanker a d’ailleurs repéré de nouvelles techniques de blocage depuis le 19 octobre. Les outils s’ajustent, Google s’ajuste aussi, et cette partie de cache-cache pourrait bien devenir la norme.
En attendant, gardez une règle simple : ne changez ni votre site ni votre stratégie sur la seule foi d’un rapport de positions. Croisez toujours avec la Search Console et votre trafic réel. Vos positions vont peut-être très bien. C’est peut-être juste votre outil qui s’est fait piéger.
Avez-vous trouvé cet article utile ?
Votre avis est important et nous permet d'améliorer nos contenus et informations. Avez-vous trouvé ce guide utile ?




