Le sol sous vos pieds semble immobile. Pourtant, sous la surface de l’Espagne et du Portugal, quelque chose d’extraordinaire se produit. La péninsule ibérique tourne lentement sur elle-même, dans le sens des aiguilles d’une montre. Ce n’est pas une métaphore ni une hypothèse spéculative. C’est la conclusion d’une étude scientifique rigoureuse, publiée dans la prestigieuse revue Gondwana Research fin 2025. Elle révèle que la géologie du Portugal et de l’Espagne est bien plus dynamique — et bien plus surprenante — que ce que l’on imaginait jusqu’ici.
Chaque année, les plaques africaine et eurasienne se rapprochent de 4 à 6 mm. À l’échelle d’une vie humaine, ce chiffre paraît dérisoire. Mais à l’échelle géologique, ce frottement lent et inexorable suffit à déformer la croûte terrestre, à créer des chaînes de montagnes, à déclencher des séismes et, comme on le découvre aujourd’hui, à faire pivoter tout un bloc continental. Comprendre la géologie du Portugal et de l’Espagne, c’est plonger au cœur de l’une des zones tectoniques les plus complexes d’Europe occidentale.
Un phénomène inattendu sous nos pieds
Une étude publiée dans Gondwana Research change tout
Pendant des décennies, les géologues ont décrit les mouvements tectoniques de la péninsule ibérique comme une dérive antihoraire. Ce schéma semblait cohérent avec la poussée continue de la plaque africaine vers le nord. Mais une équipe internationale de chercheurs — menée par le géophysicien Asier Madarieta-Txurruka de l’Université du Pays Basque, en partenariat avec des experts de l’Université de Palerme et de l’Université de Grenade — vient de renverser cette lecture.
Leur étude, parue dans Gondwana Research en décembre 2025, s’appuie sur deux sources de données complémentaires. D’un côté, les enregistrements sismiques récents, qui remontent aux années 1980. De l’autre, les observations satellitaires issues des réseaux GNSS (géodésie spatiale), disponibles depuis 1999. Ce croisement inédit leur a permis de dresser une cartographie détaillée des champs de contrainte et de déformation autour de la péninsule ibérique.
Le verdict est sans appel. La péninsule ibérique tourne désormais dans le sens horaire. C’est un renversement tectonique majeur, avec des implications directes sur notre compréhension des risques sismiques en Europe de l’Ouest.
De l’antihoraire à l’horaire : une inversion tectonique confirmée
Comment une masse continentale entière peut-elle changer de sens de rotation ? La réponse tient à la complexité des forces en jeu. La plaque africaine ne pousse pas uniformément sur la péninsule ibérique. Elle exerce une pression asymétrique, plus directe à l’ouest du détroit de Gibraltar, partiellement absorbée à l’est par la croûte de l’arc de Gibraltar.
Cette asymétrie produit ce que les géologues appellent un couple de torsion. Imaginez deux personnes poussant sur les deux bords opposés d’une porte à la même force mais dans des directions légèrement différentes : la porte ne recule pas en ligne droite, elle pivote. C’est exactement ce qui se passe avec le bloc ibérique. Aucune force ne prend clairement le dessus, alors l’ensemble du bloc tourne sur lui-même.
Selon Asier Madarieta : « La frontière entre les plaques autour de l’océan Atlantique et de l’Algérie est très claire, alors que dans le sud de la péninsule ibérique, elle est beaucoup plus floue et complexe. » C’est précisément cette complexité qui génère la rotation horaire aujourd’hui observée.
Comprendre la géologie de la péninsule ibérique
Le bloc ibérique : une microplaque coincée entre deux géants
La microplaque ibérique occupe une position géologique unique en Europe. Elle est coincée entre deux masses lithosphériques immenses : la plaque eurasienne au nord et à l’est, la plaque africaine au sud. Cette position de carrefour en fait l’une des zones géodynamiques les plus surveillées du continent.
Contrairement aux grandes failles bien marquées — comme la faille de San Andreas en Californie — la limite entre ces deux plaques au niveau de la péninsule est diffuse et fragmentée. Les contraintes tectoniques ne se concentrent pas sur une ligne précise. Elles se dispersent sur une vaste mosaïque de domaines crustaux, chacun réagissant différemment à la pression. C’est ce caractère diffus qui rend la portugal espagne géologie aussi fascinante à étudier — et aussi complexe à modéliser.
La plaque eurasienne contre la plaque africaine : 4 à 6 mm par an
Le rapprochement entre ces deux plaques est constant et implacable. Chaque année, l’Afrique s’approche de l’Europe de 4 à 6 mm. Sur dix millions d’années, ce rythme représente un déplacement de 40 à 60 km. C’est ce mouvement millénaire qui a formé les Alpes, les Pyrénées, et qui continue de remodeler la Méditerranée occidentale.
Dans la majorité des zones de convergence planétaire, l’une des deux plaques plonge sous l’autre : c’est la subduction. Mais dans l’ouest méditerranéen, cette configuration classique est absente. Les deux plaques se compriment sans subduction franche, ce qui disperse les forces dans la croûte terrestre sur de très grandes surfaces. Résultat : la déformation crustale se produit partout à la fois, de manière diffuse et subtile.
Le golfe de Gascogne et la naissance du bloc ibérique
Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter dans le temps. Il y a environ 90 millions d’années, à la fin du Crétacé, la côte ouest de la France actuelle n’existait pas. Le bloc ibérique était soudé à la plaque européenne. C’est l’ouverture de l’Atlantique Nord qui a tout changé.
Un bras de dorsale océanique s’est propagé le long de l’actuelle marge française, provoquant l’ouverture progressive du golfe de Gascogne. Le bloc ibérique s’est alors détaché, entamant une dérive vers le sud-ouest selon un mouvement de rotation antihoraire — ce même mouvement que les scientifiques décrivaient jusqu’à récemment comme caractéristique de la péninsule. Mais les temps changent, les plaques aussi.
L’arc de Gibraltar : clé de voûte du pivot ibérique
Le domaine d’Alborán et la cordillère Bétique
Au cœur de ce mécanisme se trouve une structure géologique particulière : le domaine d’Alborán. Situé entre le sud de l’Espagne et le nord du Maroc, dans l’extrémité occidentale de la mer Méditerranée, ce domaine se déplace lentement vers l’ouest. Il est pris en étau entre les deux grandes plaques et génère, par son déplacement latéral, une déformation majeure de toute la zone entourant le détroit de Gibraltar.
C’est cette déformation qui a façonné l’arc de Gibraltar, une structure en forme de U reliant deux chaînes de montagnes remarquables :
- La cordillère Bétique, au sud de l’Espagne, qui culmine avec la Sierra Nevada et ses 3 479 m.
- La cordillère du Rif, au nord du Maroc, qui forme le prolongement méridional de cet arc montagneux.
Ces deux chaînes ne sont pas de simples reliefs. Elles témoignent directement de la déformation crustale engendrée par la collision entre l’Afrique et l’Eurasie, amplifiée par le déplacement du domaine d’Alborán.
Pourquoi l’est et l’ouest du détroit n’absorbent pas les contraintes de la même façon
C’est ici que réside le cœur du mécanisme de rotation. Le détroit de Gibraltar ne joue pas le même rôle à l’est et à l’ouest. À l’est du détroit, la croûte de l’arc de Gibraltar absorbe une grande partie de la déformation causée par la collision entre les deux plaques. Elle agit comme un amortisseur géologique, empêchant les contraintes d’atteindre directement l’intérieur de la péninsule ibérique.
À l’ouest du détroit, en revanche, la situation est radicalement différente. La collision entre la plaque ibérique (qui fait partie de la plaque eurasienne) et la plaque africaine est directe, frontale et sans amortisseur. La plaque africaine agit alors comme un piston qui pousse l’Espagne et le Portugal vers le nord-est, plus énergiquement sur leur flanc sud-ouest.
Cette différence d’absorption des contraintes entre l’est et l’ouest produit l’effet de rotation horaire. C’est un résultat contre-intuitif, mais solidement étayé par les données.
Comment les scientifiques ont mesuré cette rotation
Les données satellites GNSS : voir des millimètres depuis l’espace
Comment peut-on mesurer un mouvement de quelques millimètres par an sur un bloc continental ? La réponse tient en deux lettres : GNSS. Le réseau mondial de stations de géodésie spatiale permet, depuis 1999, de mesurer avec une précision millimétrique les déplacements de la surface terrestre.
En combinant des années de données GNSS avec les enregistrements de mécanismes au foyer sismique issus de la paléosismologie, les chercheurs ont pu reconstruire une image dynamique de la déformation actuelle de la péninsule ibérique. Ils ont identifié quatre grands secteurs géodynamiques distincts autour du bloc ibérique :
- Secteur atlantique : compression directe entre les deux plaques, contraintes bien transmises.
- Secteur de Gibraltar : zone de forte déformation diffuse, absorption partielle des contraintes.
- Secteur d’Alborán : déplacement latéral du domaine vers l’ouest, déformation complexe.
- Secteur Algéro-Baléares : convergence plus classique, limite mieux définie.
C’est la différence de comportement entre ces quatre secteurs qui explique, in fine, la rotation horaire du bloc ibérique dans son ensemble.
La paléosismologie pour remonter le temps tectonique
Les données satellitaires seules ne suffisent pas. Elles ne couvrent que quelques décennies. Pour comprendre des phénomènes qui s’étalent sur des millions d’années, les scientifiques ont recours à la paléosismologie : l’étude des séismes anciens à travers leurs traces géologiques.
Les failles actives laissent des cicatrices dans les roches et les sédiments. En les datant et en analysant leur géométrie, les chercheurs peuvent reconstituer l’histoire des contraintes tectoniques passées. Cette mémoire géologique confirme que la rotation horaire actuelle représente bel et bien une inversion du sens de déplacement, par rapport aux mouvements observés lors de phases géologiques antérieures. C’est cette convergence entre les données contemporaines et les archives fossiles qui donne à l’étude toute sa robustesse.
Les conséquences sur les risques sismiques
Quelles zones sont concernées : Andalousie, Pyrénées, Portugal
La géologie du Portugal et de l’Espagne n’est pas qu’une affaire académique. Elle a des conséquences directes sur la sécurité des populations. La redistribution des contraintes tectoniques liée à la rotation horaire pourrait modifier le paysage sismique régional sur le long terme.
Trois zones concentrent particulièrement l’attention des chercheurs :
- L’Andalousie et le sud de la péninsule : première zone à encaisser la poussée directe de la plaque africaine, exposée à une sismicité significative.
- Le sud-ouest du Portugal : zone de collision frontale entre les deux plaques, historiquement frappée par des séismes majeurs comme le tremblement de terre de Lisbonne de 1755.
- Les Pyrénées : les nouvelles données suggèrent que les contraintes transmises depuis le sud pourraient influencer l’aléa sismique de cette chaîne, encore en élévation lente.
Pour les experts, l’enjeu est clair. Comme le souligne Madarieta : « Il existe de nombreuses zones en Ibérie où l’on observe des déformations significatives ou des séismes, sans savoir quelles structures tectoniques sont réellement actives. »
Vers une meilleure cartographie des failles actives
C’est l’ambition principale de cette recherche sur la portugal espagne géologie : fournir aux sismologues un cadre géologique plus cohérent pour localiser les failles actives susceptibles de provoquer des séismes. Il ne s’agit pas de prédire un tremblement de terre — personne ne sait encore le faire avec précision. Il s’agit de cartographier les zones de déformation, d’identifier où les contraintes s’accumulent, et de cibler les structures à surveiller en priorité.
Dans une région où les limites de plaques sont diffuses et où les failles actives ne sont pas toujours visibles en surface, ce gain de lecture est précieux. Il permet d’orienter les futures campagnes de terrain et d’affiner les modèles de prévision sismique.
Portugal et Espagne géologie : retour sur une histoire de 90 millions d’années
La mer de Téthys, les Alpes et la grande collision
L’histoire de la péninsule ibérique commence bien avant l’ouverture de l’Atlantique. Il y a 90 millions d’années, la Méditerranée n’existait pas encore. À la place s’étendait la mer de Téthys alpine, un petit océan en formation dont le destin allait être scellé par une réorganisation majeure des plaques.
Lorsque l’Atlantique Nord s’est ouvert, la plaque africaine a changé de trajectoire. Au lieu de s’éloigner de l’Europe, elle a commencé à s’en rapprocher. La mer de Téthys a disparu dans une zone de subduction. Les premières chaînes des Alpes ont commencé leur ascension il y a environ 30 millions d’années, sous l’effet de la collision entre les deux plaques. L’orogenèse alpine a ainsi redessiné l’ensemble du relief méditerranéen.
La formation des Pyrénées par collision tectonique
La formation des Pyrénées illustre parfaitement l’histoire tectonique du bloc ibérique. Après s’être détaché de l’Europe lors de l’ouverture du golfe de Gascogne, le bloc ibérique a dérivé vers le sud-ouest selon un mouvement antihoraire. Puis la poussée des autres plaques l’a fait « glisser » vers l’est d’environ 200 kilomètres, jusqu’à rejoindre sa position actuelle.
Cette rencontre entre le bloc ibérique et la plaque européenne a produit une collision frontale qui a fait surgir les Pyrénées. Cette chaîne frontalière entre la France et l’Espagne est encore en élévation lente aujourd’hui. Elle continue de témoigner, dans son relief même, des forces tectoniques toujours actives. La déformation crustale n’est pas un phénomène passé : c’est un processus en cours, que la portugal espagne rotation ne fait que confirmer.
Ce que cette découverte change pour l’avenir
Des modèles de prévision sismique à affiner
La découverte de la rotation horaire de la péninsule ibérique ne change pas tout d’un coup la donne sismique régionale. Mais elle ouvre une porte importante. En clarifiant la distribution actuelle des contraintes tectoniques, les chercheurs disposent d’un nouvel outil pour affiner les modèles de prévision des séismes.
La géologie du Portugal et de l’Espagne recèle encore de nombreuses structures enfouies, des failles non cartographiées, des zones de déformation que la surface ne révèle pas. Connaître la direction et l’intensité des contraintes actives permet de formuler des hypothèses sur l’emplacement de ces structures cachées. C’est un travail de détective géologique, lent mais essentiel.
Voici ce que cette découverte permet concrètement d’améliorer :
- Identifier les structures géologiques actives dans les zones à sismicité diffuse.
- Cibler les campagnes de terrain pour localiser les failles enfouies à risque.
- Affiner les cartes d’aléa sismique pour les régions d’Andalousie, du Portugal et des Pyrénées.
- Mieux comprendre l’évolution future du paysage tectonique méditerranéen.
Les limites des données actuelles
Les chercheurs sont les premiers à souligner les limites de leurs travaux. Les données sismiques disponibles ne remontent qu’aux années 1980. Les observations satellitaires GNSS ne couvrent que depuis 1999. Ces fenêtres temporelles sont infimes à l’échelle géologique. Elles fournissent, selon les auteurs eux-mêmes, un « aperçu limité de l’évolution géologique ».
L’enjeu des prochaines années sera donc de consolider ces bases de données. Plus les enregistrements seront longs et précis, plus les modèles géodynamiques seront fiables. La science de la portugal espagne géologie est une science de la patience et de l’accumulation. Chaque nouveau séisme enregistré, chaque nouvelle mesure GNSS collectée, enrichit une archive indispensable pour comprendre les forces qui façonnent l’Europe de l’Ouest.
| Paramètre | Valeur / Description |
|---|---|
| Sens de rotation actuel | Horaire (sens des aiguilles d’une montre) |
| Ancien sens de rotation | Antihoraire (modèle précédent) |
| Vitesse de convergence Afrique / Eurasie | 4 à 6 mm par an |
| Étude de référence | Gondwana Research, décembre 2025 |
| Chercheur principal | Asier Madarieta-Txurruka, Université du Pays Basque |
| Données utilisées | GNSS (depuis 1999) + enregistrements sismiques (depuis 1980) |
| Zone clé du mécanisme | Arc de Gibraltar / domaine d’Alborán |
| Zones sismiques concernées | Andalousie, sud-ouest du Portugal, Pyrénées |
FAQ
La péninsule ibérique tourne-t-elle vraiment ?
Oui. Une étude publiée dans Gondwana Research en décembre 2025 confirme une rotation horaire lente de la péninsule ibérique, mesurée par des données satellitaires GNSS et des enregistrements sismiques. Ce mouvement est réel, même s’il est imperceptible à l’échelle humaine.
À quelle vitesse se déplace-t-elle ?
La convergence entre les plaques africaine et eurasienne se fait à un rythme de 4 à 6 mm par an. La rotation elle-même est extrêmement lente, mesurable uniquement sur des millénaires à partir de données géodésiques et sismiques de haute précision.
Cette rotation présente-t-elle un danger immédiat ?
Non, pas de danger immédiat. En revanche, la redistribution des contraintes tectoniques qu’elle implique influence le risque sismique à long terme, notamment en Andalousie, au sud du Portugal et dans les Pyrénées. Elle aide surtout à mieux identifier les failles actives.
Qui a mené cette étude ?
L’équipe est dirigée par Asier Madarieta-Txurruka, géophysicien à l’Université du Pays Basque, en collaboration avec des chercheurs de l’Université de Palerme et de l’Université de Grenade. Leurs résultats ont été publiés dans Gondwana Research fin 2025.
Quel est le rôle de l’arc de Gibraltar dans ce phénomène ?
L’arc de Gibraltar joue un rôle d’amortisseur asymétrique : à l’est du détroit, il absorbe les contraintes tectoniques et les empêche d’atteindre la péninsule. À l’ouest, la collision est directe. Cette asymétrie génère le couple de torsion responsable de la rotation horaire.
Les Pyrénées sont-elles concernées par cette rotation ?
Oui, indirectement. Les nouvelles données suggèrent que la rotation horaire de la péninsule ibérique modifie les contraintes transmises vers les Pyrénées, une chaîne encore en élévation lente dont l’aléa sismique pourrait être revu à la hausse dans les modèles futurs.
















